MUSIQUE ET SOCIÉTÉ



PARIS EN CHANSONS, D'HIER À AUJOURD'HUI

Dans les chansons françaises, il existe deux sujets forts, le premier étant l’amour et le second Paris. Qu’il soit cinq heures du matin, midi ou minuit, la capitale a été chantée à tous les tons, sur toutes les coutures et à toutes les époques. Que voulez-vous, la capitale hypnotise ! Deux mille huit cents, c’est le nombre approximatif de chansons qui évoque Paris ; de quoi être impressionné, n’est-ce pas ? Cependant, toute cette créativité autour d’une seule ville est-elle vraiment justifiée ? Partons ensemble à la découverte de la capitale à travers ces chansons qui l’honorent. Traversons La rue Saint-Vincent puis La Rue des Blancs-Manteaux, ensuite nous visiterons Notre-Dame de Paris avant de remonter Les Champs-Elysées, et si le cœur vous en dit, nous pourrions également nous promener Sur les quais du vieux Paris et voir Le Pont Mirabeau


LE PARIS DES CHANTS RÉVOLUTIONNAIRES

Nul ne peut ignorer l’intérêt que suscite Paris dans le monde de la musique, et il serait d’ailleurs difficile de dresser une liste exhaustive des lieux, des rues, des événements qui lui font honneur. Pour comprendre exactement le pourquoi de cet engouement pour la capitale, il faut remonter dans le temps, bien avant l’accordéon, au temps de la Révolution Française.

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Le chant parisien était au départ un chant de révolte. Les images d’Epinal décrites dans les manuels d’histoire montrent Paris comme étant la ville où la liberté a démarré et grandi. De fait, les chants de révolte, éminemment parisien, ont produit des comptines qui poussaient à chaque coin de rue. Derrière la simplicité enfantine des paroles, ces chants-là possédaient souvent des messages tapageurs durs et directs, mais surtout facile à retenir.

Au cours du 20e siècle, les auteurs ont pris à témoin ce passé tumultueux de l’histoire de Paris. Citons pour commencer l’hymne de la prise de la Bastille chanté par Edith Piaf (Ca ira - 1953) et son « Ah ! ça ira, ça ira, ça ira », refrain qui symbolise à lui seul la Révolution ; Serge Reggiani qui évoque les barricades de La Commune avec Les loups sont entrés dans Paris (1967) ; pour enfin nous transporter au moment de la libération de la capitale en 1944 avec le film Paris brûle-t-il ? dont la chanson Paris en colère issue de la BO nous fait entendre notre chère Mireille Mathieu.

Bref, la chanson est associée à tout un petit peuple d’insurgé. A bas la bourgeoisie, la bonne morale et vive la luxure, "le milieu" et Prosper yop la boum (1935) : « Quand on voit passer le grand Prosper / Sur la place Pigalle / Avec son beau petit chapeau vert et sa martingale, / A son air malabar et sa démarche en canard / Faut pas être bachelier pour deviner son métier / Prosper yop la boum / C'est le chéri de ces dames », comme le chante alors Maurice Chevalier. Le prolétaire vit des jours heureux et la prostituée fait des ravages (Edith Piaf – Milord - 1959). La ville est alors montrée sous ses angles les plus avantageux : populaire et prospère. Populaire, car la chanson devient un relais artistique fréquentable pour des gens de conditions modestes, et prospère, parce que la chanson devient un revenu économique convoité et un commerce culturel ; Piaf et Trenet étant les symboles de cette réussite.

Mais la chanson de Paris a eu le tort aussi d’entraîner son lot d’images stéréotypées, celui du titi parisien dégourdi et farceur, qui trouva déjà chez le Gavroche composé par Victor Hugo (Les Misérables), un personnage des classes populaires très réaliste. De même, il y aura le personnage gouailleur et fort en gueule, celui des bistrots et des chanteurs de rue, sans oublier l’accordéon, instrument qui symbolise à lui seul l’image musicale de Paris à l’étranger.

La chanson « populo » va ainsi traîner ses ritournelles ailleurs sans arriver à se démarquer totalement de ces images tenaces qui, finalement, s’estomperont progressivement dans les années 60/70 avec l’arrivée de la société de consommation et des échanges commerciaux. C’est ainsi qu’à vélo dans un Paris embouteillé, Joe Dassin et sa chanson La complainte des heures de pointe (1972), dépeindra une ville bien actuelle et bien ordinaire, en conflit avec ce qui va devenir l’un des problèmes majeurs de la fin du 20e siècle : la circulation !

Les chansons sur Paris s’offrent en spectacle et qu’importe la manière. Pour les Français c’est la célèbre avenue Les Champs-Élysées (1969) interprétée par le récidiviste Joe Dassin qui demeure certainement la mélodie sur Paris la plus connu : « Aux Champs-Élysées, aux Champs-Élysées / Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit / Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Élysées. », nous vente la chanson. Au cours des années 70, les chants de révolte de la révolution ont ainsi glissé lentement vers la ballade en forme de carte postale. C’est ainsi ! C’est peut-être dû à l'image du parisien à l'étranger qui a évolué et qui, aujourd’hui, montre une toute autre apparence : un intello portant des lunettes, un brin dandy dans son costume étroit et aux cheveux courts coiffés en arrière.


PARIS VILLE LUMIÈRE

La capitale ne dort jamais, d’où son surnom qui lui a été attribué de "Ville lumière". Pas étonnant alors qu’un grand nombre de chansons sur « Paris by night » ait vu le jour. Dès les années 20, côté spectacle pour touristes, il y avait Joséphine Baker, Paris et sa terre d’accueil. Cet artiste de music-hall représente toute une époque. Elle était adulée et aimée, malgré le fait qu’elle était noire, qu'elle dansait presque nu dans les cabarets, et qu’elle fumait sans fausse pudeur. Au début du siècle, cette acceptation de "comportements décalés" s’explique peut-être par une sorte de folie, de désinvolture qui encadrait la capitale depuis l’apparition du French cancan et de la syphilis qui était venue se nicher dans les quartiers des filles de « mauvaise vie ».

La légèreté des mœurs, toujours présentes dans les chansons sur Paris, s’illustre également à travers les spectacles de travestis, dont les plus célèbres sont ceux de Michou qui se produisent depuis maintenant plus de cinquante ans, sans oublier le Moulin Rouge, véritable symbole du quartier de Pigalle et connu du monde entier. Nous avons encore dans nos mémoires le film qui lui fut consacré (Moulin Rouge de Baz Luhrmann – 2001) et sa BO d’où s’échappait, en version anglaise, la chanson de Lady Marmalade, Voulez-vous coucher avec moi, ce soir. Ce serait faire offense à ces lieux, si nous oublions Les p’tites femmes de Pigalle, interprété par Serge Lama, dont le texte reprend très bien à son compte l’image d’un Paris frivole : « Un voyou m'a volé la femme de ma vie / Il m'a déshonoré, me disent mes amis / Mais j'm'en fous pas mal aujourd'hui / Mais j'm'en fous pas mal… car depuis / Chaque nuit / Je m'en vais voir les p'tites femmes de Pigalle / Toutes les nuits j'effeuille les fleurs du mal / Je mets mes mains partout, je suis somme un bambin / J'm'aperçois qu'en amour je n'y connaissais rien. ». Le Moulin Rouge, le Lido, Pigalle, Michou et Régine appartiennent au patrimoine parisien du "Paris by night" pour touristes en goguette.


LE PARIS DES ARTISTES

Durant le 20e siècle, Paris représentait pour les artistes venus d’ailleurs la terre promise. Tous ont remercié un jour ou l’autre la capitale à travers une chanson, qu’il soit italien (Yves Montand : A Paris - 1964), arménien (Charles Aznavour : Paris au mois d’août - 1966) ou algérien (Enrico Macias : Paris tu m’as pris dans tes bras - 1964). Monter à Paris, c’était peut-être la chance de leur vie et ils en rêvaient. Je m’voyais déjà chantera alors Aznavour pour illustrer sa lente ascension. Les artistes, qu’ils soient chanteurs, danseurs ou péjorativement saltimbanques, ne sont pas dupes et ils savent très bien que c’est dans la capitale que sont centralisés le pouvoir, les moyens, les ouvertures et tout le show business.

Dans les années cinquante, la chanson étant directement liée au spectacle de music-hall, le chanteur n’était alors pas simplement un interprète, mais surtout un artiste de music-hall, et c’est de cette façon qu’il était bon de le définir. Quand on débutait, il y avait d’abord le cabaret ou plutôt les cabarets. C’est là que l’artiste apprenait le métier, sur le tas, avec parfois des moments de désespoir quand rien ne venait tel qu’il se l’était imaginé. Aznavour, Brassens et bien d’autres se sont formés à cette dure école.

Aujourd’hui, la route vers la gloire a emprunté d’autres chemins, cependant, Paris en chansons n’a pas été oublié par les jeunes artistes. Paris est glamour quand le DJ Dimitri produit Sacré Français ! sur un ton humoristique, tandis que des lieux de Paris donne le nom à des groupes (St Germain) ou à des chansons sur des rythmes électro (Justice ou Carte Blanche avec Gare du Nord - 2010). Hors de nos frontières, suite à la vague déferlante de la musique électro, la « french touch » comme on dit, c’est la capitale et ses night-clubs que la jeunesse voit en transparence.