CHANSON



LA COMÉDIE MUSICALE, D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

La comédie musicale que nous connaissons aujourd'hui est très éloignée de l'opérette ; elle est en quelque sorte son héritière. Pour beaucoup de personnes la comédie musicale se résume à un spectacle comportant des scènes musicales chantées ou dansées… ce qui est vrai et faux à la fois. En fait, ce genre est en réalité bien plus complexe que cela...


LA COMÉDIE MUSICALE, UN GENRE MUSICAL BIEN À PART

D'abord, comme tout élément musical, il évolue avec le temps en fonction notamment du contexte socio-économique et culturel. Les comédies musicales trouvent leur origine dans la culture anglo-saxonne, aidée et popularisée à ses débuts par le cinéma très fleurissant des années 1930. Celles-ci étaient tout d'abord montées sur scène à Broadway (New York) ou à Londres avant d'être adaptées cinématographiquement ou revues et corrigées pour convenir à d'autres pays. Pour réussir, la comédie musicale devait toujours coller à son époque, à ses mœurs, surtout quand le spectateur était confronté à un spectacle dans lequel il devait s'inscrire.

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Un des paramètres important de la comédie musicale est son montage. Il doit trouver un équilibre entre les scènes chantées ou dansées et les dialogues. Un film chanté de bout en bout comme Les parapluies de Cherbourg ne peut pas être considéré comme une comédie musicale ou à l'inverse celui contenant une à deux chansons, ne peut également y prétendre. Toute la difficulté repose sur la justification des transitions entre les scènes parlées et chantées. Quand le rythme de la mise en scène et les dialogues ne concordent pas, l'arrivée inopinée d'une chanson ou d'une danse rend le film déséquilibré, voire ridicule.

© Fred Fehl - Une scène de West SIde Story (1957)

Pour réussir, la comédie musicale doit s'appuyer sur un scénario solide ou les transitions sont doucement portées au regard du spectateur. Il est bien sûr plus facile de construire une comédie musicale dont le sujet central est la vie d'un artiste ou celui d'un spectacle (répétitions dans un théâtre, chansons chantées en cœur, etc.), les enchaînements deviennent alors plus faciles à réaliser. Dans le cas d'un sujet aussi sombre qu'un film de guerre, la tâche qui incomberait au scénariste serait bien plus difficile et courageuse. La comédie musicale a donc des limites. Celle de distraire avant tout et de posséder un certain goût pour l'évasion… romance sentimentale, voyages exotiques, période historique romancée, etc.

Si l'enchaînement doit être rapide, il doit reposer sur une construction musicale très étudiée. En effet, contrairement aux scènes parlées ou les dialogues peuvent être habillés par une musique au service des personnages, dans le cas d'un "tableau" dansé ou chanté, c'est elle qui dirige l'action. Elle vient au premier plan et implique les gestes et le ton du texte chanté en obligeant les acteurs à s'adapter à elle. Les bruits naturels tiennent également un rôle important et peuvent être le prétexte au départ d'une chanson ou d'une danse. N'oublions pas enfin les claquettes (même si aujourd'hui elles sont passées de mode), qui rythment le pas du danseur à la musique vers une sorte d'unité difficile à maîtriser.

La musique est l'épicentre de la comédie musicale. Elle est le pivot autour desquels les intrigues se nouent. On ne compose pas la musique d'une comédie musicale comme une suite de chansons imbriquées les unes aux autres. Le livret doit justifier les chansons et non le contraire. Autant un compositeur est capable d'écrire des chansons avec leurs structures, leurs fondements, autant dans le cas d'une comédie musicale, bien plus évolutive et complexe, il doit avoir recours à une écriture différente, proche de la musique de films.

À de rares exceptions, la musique sert le plus souvent à coudre la trame de l'intrigue. Elle doit laisser transparaître à l'écran ou sur scène les émotions des personnages, leurs états d'âme. Les scènes chantées ou dansées ne doivent pas être sortie d'un chapeau magique, sans justification, au risque de n'avoir aucune vraisemblance. Quand une comédie musicale est réussie, ses chansons ou pas de danse sont capables de décrire sous une apparence irréelle, des faits que de long dialogues, parfois écrasants, ne seraient exprimer. Les morceaux musicaux deviennent, pour le spectateur, le fil conducteur servant à faire avancer l'intrigue.


LA COMÉDIE MUSICALE... AUJOURD'HUI

La comédie musicale développe également des codes. Elle met en scène des histoires qui peuvent refléter des aspects bien différents, allant de l'intrigue amoureuse entre deux êtres que la raison sociale oppose (Un américain à Paris) en passant par la confrontation entre différentes générations (Hair ou Grease) ou bien encore, montrer l'aspect social d'un peuple (West side story). Comme toute bonne comédie, quelle soit musicale ou pas, le quiproquo est également un bon sujet d'inspiration pour les scénaristes (Le chant du Missouri). Certaines comédies musicales n'hésitent pas à jouer sur l'ambiguïté sexuelle (Rent) ou la vie d'un groupe social bien défini (Hippie avec Hair).

© www.comedie-musicale-londres.fr - Le retour de la comédie musicale On the Town en 2014, à Broadway

Finalement, la comédie musicale tire son inspiration de plusieurs sources. Celle du spectacle, en évoquant la vie d'un artiste ou le milieu du spectacle… certainement le plus montré à l'écran. Celle des reconstitutions historiques qui servent de toile de fond à l'intrigue et qui plonge le spectateur dans une époque, une culture bien différente de la sienne… encore prétexte à faire rêver (Le violon sur le toit ou Notre-Dame de Paris). Et enfin, les comédies exploitant les contes et mettant en scène des personnages féeriques pour le plus grand bonheur des jeunes spectateurs (Peau d'âne).

Si la plupart des comédies musicales s'inscrivent dans une culture, un patrimoine avant tout anglo-saxon où se mêlent chansons, danses et dialogues, celles produites en France, ces dernières années, ne sont souvent que des spectacles enchaînant à tour de bras une suite impressionnante de chansons. De par cette spécificité française, elles ont beaucoup de mal à s'expatrier à l'étranger et en premier lieu dans les pays anglo-saxons. Seul le Québec, à cause de la langue commune, trouve un écho à leur réussite.

Aux États-Unis comme en Angleterre, le goût du spectacle, de sa démesure avec ses décors flamboyants, avec ses artistes qui savent tout faire ou presque, n'est peut-être pas en France la priorité des priorités. À la différence des pays Anglo-Saxons, les écoles de comédies musicales françaises sont rares et ne sont pas considérées comme primordiales pour l'essor de la culture française. La possibilité de projets d'envergures étant absente ou occasionnelle, bon nombre de producteurs de spectacles cherchent une collaboration du côté outre-atlantique avec nos amis les Québécois, par exemple. En France, nous avons eu beaucoup de chances pour qu'un spectacle comme Les misérables soit à l'affiche pendant de nombreuses années au "West End" de Londres.

Les Anglais comme les Américains n'hésitent pas à employer les grands moyens pour que le spectacle réussisse. Les théâtres sont aménagés volontairement pour conjuguer le talent du metteur en scène, les qualités des artistes intervenants et pour mettre en valeur la musique comme les effets spéciaux. Le théâtre vit une nouvelle aventure. De lourds travaux concernant la décoration sont mis en chantier. Des trappes ou des passages secrèts sont construits pour faire apparaître et disparaître les comédiens. Même le théâtre est repeint pour mieux coller au sujet du spectacle. Parfois, les musiciens au lieu de se trouver dans la fosse d'orchestre, prennent part au spectacle en jouant sur la scène, se mêlant aux chanteurs et danseurs. Tout est bien différent dans la conception du spectacle de l'autre côte de la Manche !

Aujourd'hui, en France, notre connaissance des spectacles populaires anglo-saxons se réduit en "peau de chagrin" et n'interpelle plus notre curiosité, si ce n'est dans le cinéma où ils trouvent un bon écho quand l'abatage publicitaire est omniprésent. Notre connaissance se réduit aux spectacles typiquement français et exclusifs que sont Notre-Dame de Paris ou Le Roi Lion. Ce n'est ni un bien, ni un mal, mais plutôt le constat d'une approche tout à fait différente sur les valeurs que l'on porte à ce genre musical. Ainsi, trouverez-vous recensé dans la liste proposée ci-dessous Starmania et de Notre-Dame de Paris, deux succès populaires de la comédie musicale "à la française".


QUELQUES COMÉDIES MUSICALES À DÉCOUVRIR EN DVD, SUR SCÈNE OU AU CINÉMA

  • Broadway Melody (1929)
  • The Great Ziegfeld (1936)
  • Le Magicien d'Oz (1939)
  • The Gang's all Here
    (Banana Split - 1944)
  • La Reine de Broadway (1944)
  • Escale à Hollywood (1945)
  • The Barkley's of Broadway (Entrons dans la Danse - 1949)
  • On the Town (Un jour à New York - 1949)
  • Un Américain à Paris (1951)
  • Singin' in the Rain (Chantons sous la pluie - 1952)
  • The Band Wagon (Tous en Scène - 1953)
  • A Star is Born (Une Etoile est Née - 1954)
  • Les Demoiselles de Rochefort (1963)
  • The King and I (Le Roi et Moi -1956)
  • Le Rock du Bagne (1957)
  • West Side Story (1957)
  • Gigi (1958)
  • My Fair Lady (1964)
  • La Mélodie du Bonheur (1965)
  • Cabaret (1966)
  • Hair (1967)
  • Camelot ou le Chevalier de la Reine (1967)
  • Sweet Charity (1969)
  • Hello, Dolly ! (1969)
  • Godspell (1971)
  • Jesus-Christ Superstar (1971)
  • La révolution française (1973)
  • Il était une fois Hollywood (1974)
  • Funny Lady (1974)
  • Chicago (1975)
  • Starmania (1978)
  • La fièvre du Samedi Soir (1977)
  • New York, New York (1977)
  • Grease (1978)
  • The Blues Brothers (1980)
  • Les Misérables (1981)
  • Cats (1981)
  • Victor, Victoria (1982)
  • Emilie Jolie (1985)
  • The Phantom of the Opéra (1986)
  • Black and Blue (1985)
  • La légende de Jimmy (1990)
  • Paul et Virginie (1992)
  • Le Roi Lion (1997)
  • Notre-Dame de Paris (1998)
  • Les Dix Commandements (2000)
  • Moulin Rouge (2001)
  • Le Petit Prince (2003)
  • Le Roi Soleil (2005)

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2018)