CLASSIQUE / TRADITIONNEL



JEAN SIBELIUS, PORTRAIT D'UN COMPOSITEUR EN SYMBIOSE AVEC LA NATURE

Bien souvent, le compositeur finlandais Sibelius n’a été perçu qu’en termes pittoresques, d’où la fausse idée d’un compositeur aussi isolé de la musique de son temps que la Finlande du reste de l’Europe. En réalité, durant la totalité de sa vie active, le compositeur sera un grand voyageur, sans que son attachement pour son pays natal ne soit entaché. La Finlande aura trouvé dans Sibelius un musicien parlant spontanément le langage de sa terre avec ses Symphonies, son Cygne de Tuonéla et sa Finlandia, dont la popularité est depuis devenue internationale.


LA BEAUTÉ DES PAYSAGES FINLANDAIS

La Finlande se caractérise par la beauté de ses paysages, par ses vastes forêts de conifères de pin sylvestre et d'épicéa de Carélie. Admirant la lumière argentée tombant sur l’archipel de Helsinki, Jean Sibelius a toujours perçu la nature comme une offrande, jusqu'à entretenir avec elle une relation mystique. Cependant, même si elle l'a inspirée pour écrire ses plus belles pages, ces hymnes à la vie sauvage n’exaltent pas seulement les grands espaces finlandais, ils traduisent cet environnement onirique en matière sonore. Dans son œuvre, la Finlande est musique.

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© Henry B. Goodwin - Jean Sibelius (1923)

Le plus illustre des compositeurs finlandais est né dans le post romantisme de la fin du 19e siècle, dans un pays annexé successivement par le royaume de Suède et par l’empire de Russie. Finlandia, sa pièce la plus célèbre, invoquera la lutte pour l’indépendance. Aujourd'hui, en Finlande, elle accompagne musicalement l’émergence d’un sentiment national célébré chaque année lors du solstice d’été.

À une centaine de kilomètres au nord de Helsinki se trouve Hameenlinna. La porte d’entrée des mille lacs est l’une des plus vieilles villes de Finlande dominée par son vieux château médiéval. Bâtie par les Suédois, cette ville de garnison passe au début du 19e, comme toutes les autres villes, aux mains des Russes. C’est là que né en 1865 Jean Sibelius, un jour de grand froid du mois de décembre, dans une petite maison en bois.


LE CONTACT AVEC MÈRE NATURE

Dès sa tendre enfance, vers quatre ou cinq ans, Sibelius avait pris pour habitude de se cacher derrière le piano droit de sa grand-mère. Répondant à son jeu, sa mère et ses tantes se mettaient alors à jouer, tandis qu’il les écoutait depuis sa cachette. En grandissant, Sibelius ne se révèle pas comme un élève assidu. Son inspiration, il va la trouver en dehors des bancs de l’école, dans la nature, à l'écoute des chants d'oiseaux.

Quand arrive l’été, son seul désir est de partir seul dans la forêt pour y jouer du violon. Il raconte dans une lettre qu’un jour, alors qu’il jouait auprès d’un lac, se tenant debout sur un rocher, il se retrouva entouré d’oiseaux de différences espèces. Par jeu, il en fit son orchestre, attribua à chaque espèce un instrument pour enfin jouer pour eux.

C’est dans la réserve naturelle d’Aulanko qui borde sa ville natale que le jeune Sibelius développe une relation intime avec la nature. La presque totalité de la superficie du pays est recouverte d’immenses forêts. Cet « or vert », comme le surnomme les Finlandais est partout. L’écoute de la musique de Sibelius y répond parfaitement. C'est une ode à la nature, une véritable immersion dans les profondeurs des terres du nord de l'Europe.

Comme le peintre saisissant la nature avec ses pinceaux, Sibelus décrit la forêt d’Aulanko qui l'entoure. Le compositeur prend soin de développer de différentes façons le regard qu’il porte sur la nature et ses saisons. La musique enveloppante et douce illustrant l’été répond à la brise légère ou à celle d’un lac paisible, au contraire d’autres morceaux, ceux-là plus agressif et orageux, qui préparent l’auditeur à ressentir la tempête qui se soulève au milieu de la nature. Le poème symphonique Finlandia, trouvera son inspiration grâce à mère nature, une forêt de bouleaux blancs y contribura.


JEAN SIBELIUS : FINLANDIA
orchestre sous la direction de Herbert von Karajan


JEAN SIBELIUS ET L’IDENTITÉ MUSICALE FINLANDAISE

À la fin du 19e siècle, le jeune Sibelius rejoint Helsinki, le cœur culturel du pays, pour poursuivre des études de droit et de musique. Le centre ville, jeune et cosmopolite, se modernise autour de l’esplanade qui est à Helsinki ce que sont les Champs-Élysées pour Paris.

Pour la plupart des artistes, la capitale finlandaise est un lieu stratégique pour étudier et trouver son style. L’émergence de l’identité nationale est au cœur des discussions ; tout l’enjeu étant de définir les œuvres qui sont ou ne sont pas particulièrement finlandaises. Jean Sibelius en bon vivant y participe, et c’est à l’une des tables d’un célèbre restaurant de la ville où ils se réunissent, le Kappeli, qu’il compose la Valse triste, une œuvre qu’il décrira comme étant la conséquence de ses nuits d’ivresse et de ses errances mélancoliques.

En quête d’inspiration, l’intelligentsia finlandaise se plonge dans la culture d’une province exotique, la plus orientale du pays : la Carelie. Cette région, située à quelques centaines de kilomètres de la frontière russe, fait jaillir un autre monde : une nature sauvage,sans âme ou presque. Aujourd’hui encore, cette terre a conservé toute sa beauté et sa grandeur comme du temps de Sibelius.

Lors de son voyage en Carelie du Nord, le compositeur se passionne pour le Kalevala, une épopée de vingt mille vers écrite sur la base de poésies populaires issues d’une mythologie millénaire. Le lieu est propice à la méditation, et les poèmes du Kalevala sont là pour apporter à Sibelius leur aide précieuse.

Lors de son séjour, le compositeur s’installe dans une vieille grange au bord du lac Pielinen. De là, le compositeur décide de s’enfoncer à l’intérieur des terres pour rencontrer des bardes. L’un d’entre eux, un vieux monsieur de 80 ans, se met à chanter durant des heures pour Sibelius. Pour le compositeur, la beauté de ses chants le place dans une sorte d’euphorie. À son retour, la musique de scène Karelia est déjà là dans sa tête, toute prête à être transcrite.

L’autre rive du lac Pielinen est sans doute le site auquel Sibelius, comme beaucoup de Finlandais, porte le plus d’attachement. De ce côté là du lac domine le mont Koli. Celui-ci offre un panorama grandiose avec ses forêts et ses lacs à perte de vue. Pendant des siècles, bien avant la chrétienté, les Finlandais venaient à cet endroit pour communier avec les Dieux, avec les éléments puissants du lieu.

L'histoire raconte qu'une fois de plus le contact avec la nature et surtout ce lieu précis devait éveiller chez le compositeur d’étranges pouvoirs, jusqu'à ressentir de nouvelles énergies naître en lui au moment précis où il commença à composer son œuvre la plus intime, la 4e symphonie.


JEAN SIBELIUS : QUATRIÈME SYMPHONIE
orchestre sous la direction de Sir Collins Davis


SIBELIUS ET LE CHALET AINO

Les années 1900 sont celles de l’âge d’or de la culture finlandaise. La petite communauté d’artistes nationalistes des cafés de l’esplanade de Helsinki s’installe à 40 kilomètres au nord de la capitale, au bord d’un lac en pleine campagne. C’est dans ce lieu paisible que le compositeur fait construire un chalet qu’il baptise du nom de sa femme, Aino. Pour Sibelius, c’est une façon de retrouver ses racines qui étaient toujours aussi fortes et présentes dans son cœur.

Sibelius avait deux souhaits : le premier était celui d'avoir une vue sur le lac et le deuxième d’avoir une cheminée de couleur verte, parce que le vert était sa couleur préférée, et aussi parce qu’il était synesthète, c’est-à-dire qu’il voyait les notes comme des couleurs… et les couleurs comme des notes ! Sibelius disait même que ce vert très particulier était un fa majeur.

Au fil des années, le chalet de Sibelius devient vite une source de sérénité. Peu de temps après la Révolution d’octobre, la Finlande arrache son indépendance en 1917. Jean Sibelius décide de résider désormais à Ainola. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie (1957), devenant de plus en plus silencieux, goûtant la quiétude de la nature nordique qu’il aura célébrée d’un bout à l’autre de son œuvre.

Par Patrick Martial (Cadence Info - 12/2017)
(Source Invitation au voyage - Arte 2018)