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JAZZ ET INFLUENCES



HERBIE HANCOCK, BIOGRAPHIE/PORTRAIT DU PIANISTE DE JAZZ

S’il existe un pianiste qui a su traverser les différents courants de la musique jazz de ces 60 dernières années, c’est bien Herbie Hancock. Pianiste brillant et passionnant, il a connu les lendemains du hard-bop et du jazz modal pour devenir l’ambassadeur de la musique funky et hip-hop.


HERBIE HANCOCK AND ‘TAKIN’ OFF, THE FIRST

Précoce, Herbie Hancock n’a que 11 ans lorsqu’il joue un concerto de Mozart avec l’Orchestre symphonique de Chicago. Sa formation classique (il a été élève de la Manhattan School of Music) va lui être utile tout au long de sa carrière, même s’il ne fait appel à ses ressources classiques qu’en filigrane.

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L’improvisation jazz, il l’apprend de façon autodidacte… et 10 ans plus tard, le voici devenu sideman auprès du trompettiste Donald Byrd. Son style personnel commence à prendre forme. Sa formation académique qu’il conjugue à celle plus libre du jazz va donner naissance à un musicien sensuel et inventif.

Depuis son premier album Takin’off en 1962, que de chemin parcouru ! Dès ses débuts, on remarque chez le jeune pianiste ses nombreuses influences, aussi bien funky que bluesy. Excellant sideman chez Miles Davis, il se révèle rapidement un brillant compositeur. L’album Takin’ off en est un parfait exemple. Son ‘Watermelon Man‘, basé simplement sur quelques accords, sera arrangé à toutes les sauces, même de celles qui vous font remuer le popotin !


HERBIE HANCOCK ET LE QUINTETTE MILES DAVIS

Miles Davis, toujours à l’affût de jeunes talents, guette ses nouvelles proies… Il découvre chez Herbie Hancock un musicien sensible, capable de voyager sur les notes bleues comme de peindre des tableaux sonores à la façon d’un Claude Debussy ou d’un Gabriel Fauré. Miles Davis est surtout enthousiaste quand il entend son jeune pianiste s’exprimer sur le terrain du jazz modal (quelques années auparavant, Miles avait élevé le genre à son point culminant avec son album Kind of Blue).

Miles Davis et Herbie Hancock ont un point en commun, celui d’être des chercheurs insatiables. À cette époque, la musique de Miles Davis brille de mille feux. Il a de quoi se réjouir, quand on songe qu’aux côtés de Herbie Hancock, un jeune batteur de 17 ans, Tony Williams, fait déjà rouler ses tambours et résonner ses cymbales comme un vétéran de la baguette.

Le grand Ron Carter, grand par la taille, mais également par le talent, va intégrer la formation avec sa contrebasse… Un peu plus tard, un jeune saxophoniste du nom de Wayne Shorter n’hésite pas à quitter les Jazz Messengers d’Art Blakey pour partir à l’aventure avec ce groupe dont on parle déjà.

Ce second quintette de Miles Davis va marquer de son empreinte le jazz des années 60 et permettra respectivement à Herbie Hancock et Wayne Shorter d’asseoir leur talent de sideman.



HANCOK/ANTONIONI : BLOW UP

Herbie Hancock, durant les années 60, va enregistrer quelques disques de qualité pour Blue Note. Il sera l’auteur de deux thèmes incontournables du jazz moderne. Le premier étant Maiden Voyage, avec son rythme planant décalé, et le second Cantaloupe Island, qui marque de ses rythmes syncopés les prémices sonores d’un jazz funky.

À travers les premières compositions de Herbie Hancock on retrouve déjà la dualité des accords majeurs et mineurs, sorte d’équilibre sonore entre joie et tristesse que le compositeur aime distiller par petites touches dans ses compositions. Sensible à son univers musical, le metteur en scène Michelangelo Antonioni fera appel à ses services pour son film Blow Up en 1966.

L’univers stylisé du ‘Herbie Hancock années 60’ se retrouve condensé dans la bande son du film. Blow Up lui offre ainsi l’occasion d’œuvrer dans ce genre musical couru, mais hautement difficile (il récidivera avec le film Death Wish en 1974, puis encore plus tard avec le film Round Midnight en 1986, pour lequel il recevra un Oscar).



HERBIE HANCOCK ENTAME UN VIRAGE À 180°

À la fin des années 60, la guerre du Vietnam explose. Les États-Unis s’enlisent dans un conflit sans fin. Des manifs estudiantines contre la guerre voient le jour et les mouvements antiracistes prennent de l’ampleur. La musique, en écho, y répond à sa façon. La scène jazz cherche sa voie, divisée entre adeptes d’un free jazz libertaire et adeptes d’un jazz moderne aux contours plus populaires.

Alors que Jimi Hendrix et Janis Joplin participent aux grands rassemblements musicaux hippies, Herbie Hancock rompt les amarres avec le jazz ternaire et produit un disque aux accents commerciaux : Fat Albert Rotunda (1969). La sortie du disque passe pratiquement inaperçue malgré sa qualité et de ce premier balbutiement commercial, les deux disques suivants n’en sont qu’un lointain écho.

Les compositions des albums Crossing (1971) et Sextant (1972) lorgnent du côté free jazz expérimental, sans en être vraiment. L’influence de Miles Davis est tellement écrasante qu’il faut beaucoup de recul pour trouver un son, un style qui se démarque du maître. Pour Miles, Hancock va encore participer à l’enregistrement de son premier disque ‘électrique’ In a Silent Way (1969) ; première pierre d’un courant musical baptisé ‘jazz-rock’… ‘jazz’ pour l’esprit et ‘rock’ pour le rythme et le son.

Le synthétiseur commence à faire son apparition. Il apporte ses sonorités étranges, mais reste encore un compagnon discret. Il faudra attendre encore quatre ans pour que sa mise en orbite soit lancée. Entre les mains de pianistes comme Herbie Hancock, Chick Corea ou Joe Zawinul, le synthétiseur va devenir un outil valorisant, capable d’apporter sa personnalité, sa couleur identitaire, sa force créatrrice.



HANCOCK AND THE HEADHUNTERS

C’est en 1973 que Herbie Hancock monte sa nouvelle formation, The Head Hunters. Le titre de l’album éponyme contient un titre : Chameleon. C’est la révélation… Basée sur une ligne de basse répétitive et sur la superposition de nombreux claviers électroniques, Hancock quitte pour un temps le jazz ternaire pour conquérir le marché de la musique populaire.

Ce style musical, qui mêle nouvelles et anciennes compositions du pianiste, intègre tous les claviers électriques à la mode : piano Fender Rhodes, clavinet Hohner, synthétiseurs ARP et Moog… la liste est longue. Grâce à leur utilisation, Hancock va s’inscrire dans le box office et va influencer de nombreux jeunes pianistes d’horizons divers.

Les albums Thrust (1974), Man-Child (1975), Secrets (1976) ou Mr Hands (1980) marqueront la musique funky des années 70/80. Si les thèmes sont simples, épurés, ce n’est pas le cas des combinaisons rythmiques qui sont souvent complexes, constituées d’un savant mélange de jazz, de funk et de rock.


THE HEADHUNTERS  CHAMELEON

L’accent commercial étant de mise, ceux qui ont connu Hancock version Blue Note n’adhèrent pas à ce qui est considéré comme une trahison de l’esprit jazz (Miles, armé de sa trompette électrique, subira le même sort).

La patte ‘Headhunters’ est facilement reconnaissable grâce à ces tournures rythmiques jazz-funk. Cela va même devenir pour le groupe une sorte d’institution sonore qui va se reproduire de disque en disque. Des nuances vont exister, bien sûr, mais le style va rester pratiquement le même, avec côté clavier : le(s) clavinet(s) et le Fender Rhodes pour l’accompagnement rythmique et le synthétiseur ou le piano acoustique pour les improvisations.

Herbie Hancock aura de fidèles lieutenants : Bennie Maupin au saxophone, chargé de la présentation mélodique des thèmes, Paul Jackson à la basse et qui forme avec Harvey Mason (ou Bill Summers) à la batterie, une ossature rythmique très solide. N’oublions pas, non plus, le guitariste spécialiste de la guitare ‘cot cot’, Melvin “Wah Wah” Watson qui, comme son surnom l’indique, est également un adepte de la pédale wah wah (très à la mode durant les années 70).



QUAND ‘ROCKIT’ VOIT LE JOUR

La ‘dérive commerciale’ va encore être plus frappante (à juste titre) quand en 1983, Rockit (de l’album Future Shock) sort. Alors qu’il a rencontré déjà d’autres succès, comme I Thought It Was You (1978) où il chante en utilisant un vocoder, Hancock franchit un nouveau cap : celui d’utiliser le son du scratch associé à un couple basse/grosse caisse très agressif.

Dans Rockit (conçu par le guitariste et producteur controversé, Bill Laswell), le thème mélodique est tellement simple qu’il en devient accessoire. Seuls comptent les scratch des platines et les machines à rythmes. Dans ce genre de musique, la place donnée à l’improvisation est minime, alors que celle occupée par la rythmique est énorme et éclate aux oreilles de n’importe quel auditeur !

Le morceau va devenir rapidement l’emblème du breakdance, danse phare chez les noirs américains du début des années 80. De son côté, Herbie Hancock se voit couronné ‘inventeur du hip-hop’… Si cette affirmation laisse planer des doutes, pour les amateurs de jazz, il n’y a par contre plus aucune raison valable pour ne pas condamner l’artiste…

Pourtant, parallèlement à sa carrière ‘électrique’, successivement pop, funk, disco et hip-hop, celle ‘acoustique’ conserve toujours auprès du pianiste, une place de choix. C’est ainsi que naît la formation V.S.O.P. Elle va réunir tous les anciens complices du quintette de Miles Davis des années 60 pour l’enregistrement d’albums live (le trompettiste Freddie Hubbard sera le remplaçant de Miles Davis). Même le piano acoustique ne sera pas oublié. Il sera à la fête quand Hancock invitera Chick Corea pour former un duo pianistique de choc (plusieurs disques seront alors enregistrés, sans compter les nombreux concerts).

Au fur et à mesure de la sortie des albums (Future Shock, Sound-System en 1984 et Perfect Machine en 1988), le rôle joué par Hancock devient de plus en plus accessoire, secondaire. Sur scène, l’artiste n’hésite pas à prendre son clavier bandoulière dans des solos pas toujours nécessaires. Herbie Hancock, à force de concessions, serait-il en train de se tromper de direction ? Pas si sûr, car le musicien aime bien son côté insaisissable, pour ne pas dire imprévisible.



HERBIE HANCOCK PLUS PRÈS DE NOUS

Les années défilent et Hancock continue sa carrière entre un jazz repoudré (A Tribute To Miles – 1994) et de l'acid-jazz (Dis Is Da Drum – 1994). Au duo, avec Wayne Shorter (1 & 1, en 1997) succède un album dédicacé à Georges Gershwin (Gershwin’s World, en 1998). De cette diversité, un constat s’impose : la qualité artistique du pianiste reprend de la vigueur.

Pour Hancock, cette diversité évite d’être facilement catalogué ou d’être oublié. Depuis les années 90, les expériences s’entrecroisent et renforcent son image de pianiste caméléon, et il demeure auprès de la jeune génération d’improvisateurs encore et toujours un pianiste de référence.

Depuis, Herbie Hancock qui œuvre tant pour le renouveau du langage musical improvisé, n’a de cesse de s’entourer, comme le faisait autrefois Miles Davis, de jeunes musiciens prometteurs, tels le guitariste béninois Lionel Loueke, le bassiste James Genus et le batteur Kendrick Scott.


L’AVENTURE LANG LANG/HERBIE HANCOCK

Je ne pouvais passer sous silence son aventure avec le pianiste chinois Lang Lang, aussi surprenante que stimulante, avec ce rien d'inqualifiable qui démontre une fois de plus qu’en musique, il faut oser… Oser courir vers de nouveaux horizons, même si ceux-ci résonnent parfois à la façon d’un challenge : celui d’affronter la Rhapsodie in Blue de Gershwin et autres gâteries du même genre, en compagnie d’un jeune pianiste de talent en pleine ascension. Chacun étant admiratif de l’autre, chacun rêvant des possibilités de l’autre, en toute simplicité et sans rivalité, dans une communion où seul l’amour de la musique compte.

Cette aventure musicale n’est pas sans rappeler celle du duo Herbie Hancock/Chick Corea, mais la comparaison s’arrête là, car Lang Lang n’est pas Chick Corea et réciproquement. La complémentarité des deux pianistes n’est pas la même et les enjeux non plus. Là, où le répertoire du duo Herbie Hancok/Chick Corea résonnait au son des standards de jazz, entre pitreries improvisées et acrobaties pianistiques en tous genres, le duo Herbie Hancock/Lang Lang épouse des formes bien plus sages, plus conventionnelles. L’influence dominante du classique chez Lang Lang conjugué à celle jazz de Herbie Hancock apporte d’heureuses surprises et en premier lieu, celle d’entendre Herbie Hancock flirter avec la musique classique.


HERBIE HANCOCK : IMAGINE (avec le concours de Pink et Seal)


HERBIE HANCOCK DEMAIN

Sa compilation Then and Now : The Definitive Herbie Hancock (2008) retrace parfaitement la carrière du pianiste de sa période Blue Note, avec Maiden Voyage jusqu’aux incursions dans l’acid-jazz, alors que son album The Imagine Project (2010) est comme un appel lancé à la world music avec ses nombreux artistes aux influences diverses : John Legend, Wayne Shorter, Jeff Beck, The Chieftains, Toumani Diabaté, Dave Matthews…

The Imagine Project, en référence à John Lennon (dont l’immortel Imagine chanté par Pink et par Seal) a été à la base d’une tournée mondiale durant l’année 2010. Ce disque a également servi de tremplin au profit d’une association internationale des artistes pour la paix, dont Herbie Hancock est le fondateur.

Face à tant d’initiatives, à tant de surprises, que nous réserve l'avenir ? Ce portrait de Herbie Hancock démontre s'il en est que l'artiste est un pianiste complet, versatile, capable de dissoudre son jeu dans un équilibre sonore parfait. La qualité de ses improvisations, le développement de ses harmonies et les rythmes finement ciselés sont des exemples à méditer pour tous ceux qui souhaitent un jour comprendre l’histoire du jazz moderne. Aujourd’hui, avec 60 années de carrière derrière lui, le pianiste reste serein, simple, en un mot zen. D’ailleurs, Herbie résume très bien sa façon de construire sa carrière : “Ma manière d’être constant, c’est de changer constamment“.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2018)

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