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GRAND CORPS MALADE, L'INTERVIEW 'PLAN B'

À ce jour, l’artiste a sorti six albums en dix ans de carrière et remporté deux ‘Victoires de la musique’. On dit qu’il dynamise ceux qui le côtoient. Cela paraît si simple ! Après la tragédie du « Je suis Charlie », le slameur fédèrera de ses phrases la douleur provoquée par l’attentat. En 2017, armé de son stylo, il scénarise son vécu d’une façon toute personnelle à travers « Patients », premier film témoin d’une belle âme qui n’a jamais perdu l’espoir en des jours meilleurs. Cette année, retour au 'Plan B', sixième album d'un artiste qui continu de nous surprendre.


INTERVIEW GRAND CORPS MALADE

Il a la « zen attitude » et fait du slam. Il s’est trouvé une belle devise dans la vie : « Ça peut chémar » (C’est pas gagné). À vingt ans, sa jeunesse sportive s’interrompt subitement suite à un accident survenu dans une piscine. Le slameur Fabien Marsaud, alias Gand Corps Malade, fera de son handicap un premier combat. Il a pour lui un mental d’acier, celui du sportif. Déterminé, avec son pseudo pour soigner ses « maux », le slameur rééduque son corps et dirige sa pensée en jouant désormais avec les mots. Des textes naissent, ciselés en phrases courtes et dynamiques. La culture de la banlieue, il la connaît bien, tout comme le hip hop et ses rimes.

Dans l’interview qui suit, Grand Corps Malade évoque notamment sa jeunesse, son accident, le slam et son dernier disque « Plan B ».


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Dans votre jeunesse, quel genre d'enfant étiez-vous ?

Grand Corps Malade : j’étais plutôt dynamique, très sportif, un peu casse-cou. J’étais un peu turbulent à l’école.

Mais bon élève ?

Oui, j’avais quelques facilitées, et à la maison j’étais plutôt cool.

Pensez-vous que vous auriez pu mal tourner ?

Non. J’avais une famille trop soudée, un cadre familial très stable.

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© Kmeron - Grand Corps Malade (concert Francofolies de Spa 2011)

Vous avez un bac littéraire. Que représente t-il en terme d’écriture ?

Pas grand chose. Je n’étais pas un féru de littérature. J’étais en « L » parce que je n’étais pas assez fort en math. Ma mère était bibliothécaire et je lisais des bouquins comme tout le monde. En tout cas, ce n’était pas ma passion... J’ai bien sûr écris quelques textes à l’adolescence. J’écoutais beaucoup de rap français et je m’y suis mis, comme ça, pour essayer… Je rêvais beaucoup de sport. Mon rêve caché était de devenir un professionnel en basket.

Puis c’est l’accident, le 16 juillet 1997. Une date qui vous fait basculer immédiatement dans le handicap. Vous le racontez très bien dans le livre (ndlr : Patients, Éditions Don Quichotte, 2012), et le film « Patients » : un mauvais plongeon dans une piscine avec pas assez d’eau. Combien de temps vous a-t-il fallu pour accepter votre nouveau corps ?

C’est difficile d’y répondre. Pour l’assumer complètement, sûrement plusieurs années. La première année, on commence par se relever, à devenir plus autonome. Puis, après, tu te rends compte que cela n’ira pas jusqu’à devenir comme avant. Je ne vais lâcher cette béquille et recommencer à courir. Ensuite, il faut accepter le mot « handicapé »… et quand on a été très fort physiquement pendant vingt ans, c’est dur à assumer... Il faut compter deux à trois ans pour accepter l’état définitif.

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Vous avez la nostalgie de l’effort physique ?

Non pas trop. J’ai plutôt la nostalgie du jeu en collectif, du basket, de la compétition. Aujourd’hui, les efforts physiques se passent sur scène. Quand je suis en concert, que je suis en sueur, c’est comme si j’étais dans un match. Je suis dans ma bulle… Je pense que toutes les épreuves font grandir, font progresser, à condition qu’elles ne te laissent pas mentalement complètement à plat. Cela te permet de voir que tu t’es battu, que tu as remporté des victoires. Cela permet de prendre du recul sur pas mal de choses… On porte un regard sur la vie plus positif, et puis quand tu es un peu affaibli physiquement, tu compenses avec la force mentale.

Après votre rééducation, vous avez obtenu un diplôme de management sportif. Vous avez travaille au Stade de France, puis vous avez été remercié…

Viré, dans le langage le plus direct. Viré pour une bêtise, pour des cours que j’ai donné à la fac, alors que je n’étais pas autorisé par mon supérieur hiérarchique, et le patron qui n’était pas au courant… Bref, cela aurait pu se calmer, mais je n’ai pas cherché à ce que cela se produise. Cela m’a surtout donné l’occasion d’aller voir ailleurs, parce que le marketing sportif ne m’avait pas emballé plus que ça.

Une certaine dissonance avec vos valeurs ?

L’événement sportif dans ce cadre là, c’était beaucoup plus de l’argent que du sport. Le sport était vraiment secondaire. On était là pour faire des sous. Passer l’excitation d’assister à des grands matchs de foot, de rugby et à des beaux concerts, il restait l’aspect très financier qui n’était pas ce que je préférais… et comme le slam commençait à grandir, cette histoire là tombait bien, ce serait pas mal de me faire virer et voir ce qui se passe ailleurs.

Vous avez 26 ans quand vous commencez le slam.

Oui, c’est ça, en 2003.

Ce n’est pas si jeune que ça !

Oui, effectivement, ce n’est pas si jeune pour se découvrir une fibre artistique.

Le texte sur Patrick Balkany, c’est une provocation amusée. Vous aimez provoquer, dénoncer ?

Dénoncer, c’est presque prétentieux. Interpeller peut-être…

Mettre l’accent sur…

Oui, mettre le projecteur sur quelque chose. J’essaye de ne pas m’inscrire comme un donneur de leçon. Juste mettre les projecteurs sur des faits, en racontant des choses plutôt que de porter un jugement.


GRAND CORPS MALADE : PLAN B

Qu’est-ce que vous aimez dans les mots ? La définition, la sonorité, la musicalité ?

Le slam, c’est le fond et la forme. Évidemment, la puissance des mots peuvent émouvoir, faire rire, dénoncer ou interpeller. Ils ont une force incroyable et, en même temps, j’aime jouer avec la matière qu’est la langue. Retourner les mots un peu dans tous les sens, jouer avec les sons, c’est une matière très ludique.

Existe-t-il des mots que vous n’aimez pas employer ?

À priori non. Un mot tout seul n’est pas forcément joli ou laid. Ce qui est important c’est comment tu les fais sonner avec les autres.

Selon vous l’album « Plan B », c’est le meilleur ?

C’est dur à dire ! J’aurais tendance à dire oui, car c’est souvent ce que l’on pense du petit dernier. J’en suis particulièrement fier, car j’ai été très exigeant sur les textes que j’ai choisis, et je suis très fan d’Angelo Foley qui a été l’architecte musical de cet album. Je trouve qu’il a amené beaucoup de richesse, de profondeur et, en même temps, beaucoup de soleil, de lumière. La musique est très chaude.

Comment vous est venue l’image de Yadna ? (ndlr : chanson « Au feu rouge »)

Elle m’est venue vraiment en voyant des gens au feu rouge. Yadna est une réfugiée syrienne… Mais le but n’était pas de faire un texte sur des réfugiés. C’était de donner un nom, une origine, une identité, un parcours à des gens que l’on n’entend pas beaucoup. Le but du texte est de leur redonner une part d’humanité. Ce sont des êtres humains, pas un parcours avec juste le mot réfugié. Le clip, c’était ça aussi. On voit un portrait, on met la profession. C’est ça qui marque les esprits, avec ces travellings au ralenti, vers l’avant, qui s’intéressent au regard pour savoir qui ils sont vraiment.

Vous êtes en train de préparer un nouveau long métrage avec Mehdi Idir…

Oui. Cette fois on l’a co-écrit. Cela va se dérouler dans un collège en banlieue parisienne. On le co-réalise et l’on est en train de monter le casting.

Est-ce que vous allez jouer dedans ?

Non. Ce n’est pas le but. Réaliser un film, même à deux, c’est déjà tout un chantier. Donc, on va se contenter d’être derrière la caméra.

Et ça s’appellera comment ?

La vie scolaire.

Vos textes sont étudiés dans les écoles… C’est une fierté ?

Bien sûr. Évidemment, c’est un honneur incroyable. Je me disais parfois « cela me fait peur ». J’ai peur qu’au bac français, des élèves ne tombent sur un de mes textes et aient six sur vingt, et que toute leur vie ils se disent « j’ai eu six sur vingt à cause de Grands Corps Malade ».

Quelles qualités faut-il avoir pour être un bon slameur ?

Il faut avoir envi de raconter des histoires, d’aimer écrire. Le slam, c’est de l’écriture. Il faut raconter une histoire, et puis il faut aimer le rythme, la sonorité des mots. Il ne faut pas tricher. La base du slam, c’est sans musique, sans artifice. Le côté 'a cappella' du texte à nu empêche de tricher. On ne peut pas se cacher derrière une musique, un refrain, une mélodie. C’est pour ces raisons que le texte est important.

On entend pourtant votre voix chanter dans trois titres…

J’ai pris plaisir à chanter, mais je continuerais à slammer. Je ne veux pas devenir que chanteur sur le prochain album ou la prochaine tournée, mais j’ai ouvert une porte qui est sympa, et de temps en temps pour une chanson, un refrain, c’est très agréable. D’ailleurs on a commencé la tournée et l’on entend le public qui reprend le refrain avec moi et ça ne m’était jamais arrivé. C’est un vrai bonheur.

(Source extraite de Thé ou café - 03/2018)

Visiter le site officiel de Grand Corps Malade

Cadence Info (04/2018)


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